Correction obligataire 2026 : analyse et stratégie d'investissement | VMP
- Les taux longs remontent des deux côtés de l'Atlantique depuis fin juin - +30 bps sur le 10 ans US, +40 bps sur le Bund, +60 bps sur l'OAT - sous l'effet combiné de besoins de financement massifs (déficit fédéral américain à 6 % du PIB, émissions obligataires des hyperscalers en forte accélération) et d'une hausse des taux réels liée à la montée de la productivité et de l'IA.
- En Europe, la tension est paradoxalement plus forte qu'aux États-Unis : la BCE devrait procéder à deux hausses de taux directeurs à horizon 6 mois, l'inflation reste au-dessus de 2,5 %, les stocks de gaz sont à des niveaux anormalement bas (63 % vs 80-90 % habituellement), et la France subit une pression supplémentaire liée à l'absence de redressement budgétaire et à la campagne présidentielle.
- À 6 mois, le scénario central table sur un T-note à 4,60 %, un Bund à 3,00 % et une OAT à 4,00 %, des niveaux élevés mais sans risque systémique, déjà observés en 2011-12.
- En termes de stratégie, le contexte plaide pour une duration courte, des positions longues sur le Bund et les Treasuries, short sur les Govies France et Italie, et une entrée progressive sur les OAT 30 ans (rendement à 5 %) comme opportunité dans les portefeuilles Global Absolue.
Les causes de la remontée des taux : deux phénomènes à distinguer
Commençons par les faits. Si l'on remonte à fin juin, le 10 ans US est remonté de 30 bps (40 bps au plus haut). Le 10 ans allemand est quant à lui remonté de 40pb et l'OAT français de 60pb.
La majeure partie de la hausse des taux américains vient des taux réels (les anticipations d'inflation et de politique monétaire ainsi que la macro réelle américaine ont joué un rôle plus faible). Cela reflète 2 phénomènes :
Des besoins de financement en forte expansion
Le déficit fédéral américain reste proche de 6 % du PIB avec en particulier les dépenses qui se situent 2 points au-dessus de leur niveau d'avant covid, alors que les recettes ne sont que légèrement inférieures. Sans oublier la charge de la dette est le poste de dépenses qui a le plus progressé depuis 2024 et qui atteint 3% du PIB.
Les besoins de financement liés à l'IA sont gigantesques. Les hyperscalers ont émis à eux seuls 182 milliards de dollars d'obligations en dollars depuis le début de 2026, soit environ 12 % des émissions brutes américaines investment grade. Ce montant est presque 2 fois supérieur aux 93 milliards émis sur l'ensemble de 2025. Notons que l'impact ne vient pas seulement de l'offre. Les fonds obligataires américains ont accru leur allocation au crédit d'entreprise au détriment relatif des Treasuries.
Et n'oublions pas que cela fait face à une moindre appétence (actuelle et future) des investisseurs étrangers pour les Treasuries ; Japon (montée des taux japonais), pays du Moyen Orient (baisse de leurs excédents courants), Chine (raisons politiques).
Une hausse des taux réels cohérente avec la montée de la productivité et de l'IA
Une hausse des rendements réels cohérente avec la hausse de la productivité (liée à la transition numérique et à l'IA) et de la croissance potentielle. Ce qui tend à expliquer la relative « résistance » ces dernières semaines du marché actions à la hausse des taux réels et à une prime de risque particulièrement compressée.
La situation en Europe : plus tendue qu'aux États-Unis
Un écart USA / zone euro difficile à justifier
La tension sur les taux longs a été un plus prononcée qu’aux USA. Du même coup, l’écart de taux 10ans entre les USA et la moyenne de la zone euro se situe à 100pb (140 pb pour le Bund) ; cf. graphique ci-dessous.

La situation est loin d’être rationnelle eu égard à la différence de croissance potentielle nominale entre les 2 zones, de l’ordre de 200 pb selon nous1.
Comment expliquer alors ce resserrement. Certainement pas à la montée des taux réels européens (pas d’augmentation de la croissance potentielle et excédent courant). Il faut plutôt y voir l’effet à la fois d’une confirmation d’un resserrement monétaire prochain (la hausse du taux directeurs lors de la réunion de septembre est quasi certaine) alimentée par un momentum macro plutôt satisfaisant (on peut s’attendre à une croissance annualisée de 1,5% au S2 2026, ce qui est pratiquement le double de la croissance potentielle réelle) et la persistance d’un niveau d’inflation supérieure à 2,5% encore quelques mois à la faveur des tensions des tensions sur le gaz et des effets de la sécheresse.
Stocks de gaz et sécheresse : des facteurs qui maintiennent la pression
On observe d’ailleurs que les stocks européens de gaz naturel sont aujourd’hui à un niveau anormalement bas (63% vs 80-90% à cette période de l’année) en raison d’une faible reconstitution des stocks en 2025 (83% au max vs 95-100% usuellement) et cet été (utilisation du gaz pour faire face à une forte demande d’électricité alors que l’offre nucléaire était réduite) ; cf. graphique ci-dessous.
L'OAT française sous tension budgétaire et politique

Quant à la France, elle subit une dégradation assez logique compte tenu de l’absence de redressement budgétaire et des débuts de la campagne présidentielle. Le spread avec le Bund se situe dans le haut de la fourchette que nous connue depuis la dissolution de juin 2024 (cf. graphique ci-dessous).

Perspectives à 6 mois : où vont les taux ?
Taux réel américain : pas de détente en vue
S’agissant du taux réel américain, on ne peut pas tabler sur une détente. Les besoins de financement vont rester très élevés et on peut penser qu’après les mid terms, les tensions sur le budget fédéral vont rester très fortes. Pour le reste et en fonction de notre scénario (une hausse de taux directeur, croissance à 2%, inflation en reflux graduel vers 2% au printemps 2027), le taux long d’équilibre devrait se situer vers 4,60% (vs. 4,40% antérieurement) dans 6 mois.
Bund : un léger écartement attendu
Quid du Bund ? Le spread avec le T-note a hélas peu de chances de s’élargir fortement avec la politique dogmatique de la BCE (voir la dernière intervention de Schnabel). 2 hausses de taux directeur de la BCE sont plausibles à horizon 6 mois. Seul un momentum macro moins favorable (du fait de la dégradation des conditions financières en Europe) devrait permettre un léger écartement à 160 pb (140 pb aujourd’hui). Le rendement du Bund s’établirait ainsi à 3,00% (vs 2,60% antérieurement).
OAT : un spread à 100 pb, sans risque systémique
Quant au taux français il faut plutôt tabler sur un spread de 100 pb avec le Bund, ce qui le situerait à 4,00%. Cela ne signifierait en aucun cas une « crise financière » et encore moins un risque systémique. Rappelons notamment que ces niveaux de spread ont déjà été dépassés en 2011-12.
Stratégie d'investissement : comment positionner vos portefeuilles
Les grandes orientations à horizon 6 mois
- Short duration
- Long Bund / Treasuries compte tenu d’un risque baissier dollar
- Short Govies France & Italie
- Long Bonos
- Long HY à duration courte
- Long actifs de diversification : or & cuivre
L'opportunité des OAT 30 ans dans Global Absolue
Indépendamment que la hausse des taux long en Europe peut améliorer le prix des produits structurés que nous vous proposons, il semble intéressant de regarder les taux des obligations d’état français à 30 ans. Avec un rendement de 5% cela peut constituer une ligne pertinente dans Global Absolue. Les lignes à 30 ans étant mécaniquement très sensibles aux variations des taux il faudra prendre soin de rentrer progressivement sur la thématique afin d’être capable de renforcer la ligne pendant cette période pré et post-électorale ou les promesses sans consistances vont bon train. La gérance du fonds saura tirer profit des atermoiements au sujet de la trajectoire budgétaire avec des prises de position à la hausse comme à la baisse.
Comme nous aimons le répéter le « risque » sur les marchés financiers est un champ d’opportunité quand il est pris dans le bon sens.
1 La croissance potentielle réelle est de l’ordre de 0,7% en Zone euro et de 2,2% aux USA. Le différentiel d’inflation sur les dernières décennies est de l’ordre de 50 pb.


