Aversion au risque : définition et impact sur l’investissement
L’aversion au risque désigne la préférence d’un investisseur pour une solution plus sûre lorsqu’il doit choisir entre plusieurs placements présentant des niveaux d’incertitude différents. Plus elle est forte, plus l’investisseur aura tendance à privilégier la préservation de son capital et la stabilité, ou à exiger un potentiel de rendement supérieur pour accepter davantage de risque.
L’aversion au risque influence directement la construction d’un portefeuille : choix des classes d’actifs, diversification, horizon de placement et part du patrimoine exposée aux fluctuations des marchés.
En résumé :
- L’aversion au risque traduit la réticence d’un investisseur à accepter l’incertitude et la possibilité de perdre du capital.
- Plus elle est forte, plus la recherche de stabilité prend généralement le dessus sur la recherche de rendement.
- Elle ne doit pas être confondue avec la tolérance au risque ou la capacité financière à supporter une perte.
- Elle influence le choix des actifs, la diversification et l’horizon de placement.
- L’objectif n’est pas d’éviter tout risque, mais de rechercher un équilibre cohérent entre risque, rendement et objectifs patrimoniaux.
Qu’est-ce que l’aversion au risque ?
L’aversion au risque décrit la manière dont un investisseur arbitre entre sécurité et incertitude.
À rendement espéré identique, un investisseur averse au risque privilégiera généralement la solution dont le résultat est le plus prévisible. Pour accepter un placement dont la valeur peut davantage fluctuer, il attendra en principe une perspective de rendement suffisamment attractive pour compenser ce risque supplémentaire.
Prenons un exemple simple.
Un investisseur doit choisir entre un placement relativement stable offrant un potentiel de rendement limité et un autre placement susceptible de rapporter davantage, mais avec un risque réel de perte en capital.
Une personne ayant une forte aversion au risque pourra préférer la première solution même si son rendement espéré est inférieur. Une personne moins averse au risque pourra accepter davantage de fluctuations dans l’espoir d’obtenir une performance supérieure.
L’aversion au risque ne signifie donc pas refuser systématiquement tout investissement risqué. Elle détermine plutôt le niveau d’incertitude qu’un investisseur est prêt à accepter en échange d’un rendement potentiel.
La sélection d’OPC peut ainsi être adaptée au profil de risque, à l’horizon de placement et au niveau de diversification recherché. Un fonds obligataire prudent et un OPC investi majoritairement en actions n’exposent évidemment pas l’épargnant aux mêmes fluctuations.
Comment fonctionne l’aversion au risque ?
Face à un placement, l’investisseur ne regarde pas uniquement ce qu’il peut gagner. Il évalue également ce qu’il peut perdre, la probabilité d’une baisse et les conséquences que cette baisse aurait sur son patrimoine ou ses projets.
Sa réaction dépend de nombreux facteurs : expérience de l’investissement, patrimoine disponible, stabilité des revenus, horizon de placement, projets futurs ou encore comportement passé face aux périodes de baisse.
Deux investisseurs disposant du même capital peuvent ainsi prendre des décisions totalement différentes face au même produit financier.
L’un pourra considérer une baisse temporaire de 10 % comme acceptable dans une stratégie de long terme. L’autre pourra être tenté de vendre immédiatement afin d’éviter une perte plus importante.
Le compromis entre risque et rendement
La recherche de rendement implique généralement l’acceptation d’une certaine forme de risque.
Il peut s’agir :
- d’un risque de perte en capital ;
- de fluctuations importantes de valeur ;
- d’un risque de crédit ou de défaut ;
- d’une faible liquidité ;
- d’une incertitude sur les revenus futurs.
Un investisseur doit donc déterminer quel niveau de risque il accepte pour poursuivre son objectif de rendement.
Ce tableau ne constitue pas une règle d’allocation automatique. Le patrimoine disponible, les projets à financer et la capacité à conserver l’investissement pendant une période défavorable doivent également être intégrés.
Le private equity illustre bien ce compromis. L’investissement dans des entreprises non cotées peut s’inscrire dans une recherche de performance à long terme, mais il implique également un risque de perte en capital et une liquidité beaucoup plus faible que celle de nombreux actifs cotés.
La perception des pertes par l’investisseur
Le comportement face au risque n’est pas toujours parfaitement rationnel.
Une perte financière peut provoquer une réaction émotionnelle suffisamment forte pour modifier une stratégie pourtant établie à l’avance : vente précipitée après une baisse, abandon d’un investissement de long terme ou refus de céder un actif perdant dans l’espoir de retrouver son prix d’achat.
Il faut ici distinguer aversion au risque et aversion aux pertes.
L’aversion au risque concerne le choix entre plusieurs situations comportant des degrés d’incertitude différents.
L’aversion aux pertes désigne plus spécifiquement la sensibilité d’un individu à la perspective ou à la réalisation d’une perte.
Un investisseur peut, par exemple, accepter théoriquement une allocation dynamique lorsque les marchés progressent, puis découvrir qu’il supporte très difficilement une baisse de 15 % de son portefeuille.
Le niveau de risque choisi doit donc rester compatible avec le comportement que l’investisseur est susceptible d’adopter lorsque la perte devient concrète.
Comment l’aversion au risque influence-t-elle les décisions d’investissement ?
L’aversion au risque agit directement sur la manière dont le patrimoine financier est réparti.
Elle peut modifier :
- le poids accordé aux actifs volatils ;
- la part conservée sur des supports liquides ;
- l’exposition aux actions ou aux actifs non cotés ;
- le niveau de diversification ;
- la durée d’investissement retenue.
L’allocation la plus performante sur le papier n’est pas nécessairement la plus adaptée.
Un portefeuille devient inefficace si son niveau de risque est tellement élevé que son détenteur le vend lors de chaque correction de marché. À l’inverse, une allocation excessivement prudente peut ne pas offrir un potentiel de rendement cohérent avec certains objectifs de long terme.
Le choix des classes d’actifs
Chaque classe d’actifs possède ses propres sources de risque.
Les liquidités sont peu volatiles, mais peuvent perdre du pouvoir d’achat. Les obligations sont notamment exposées aux variations de taux et au risque de crédit. Les actions fluctuent davantage et comportent un risque de perte en capital. L’immobilier peut souffrir d’une baisse des prix, d’une vacance locative ou d’un manque de liquidité.
Le choix ne doit donc pas porter uniquement sur le rendement attendu, mais aussi sur la nature du risque accepté pour l’obtenir.
Certains produits structurés permettent, par exemple, de définir à l’avance des scénarios de rendement et différents mécanismes de protection conditionnelle du capital. Leur niveau de risque dépend toutefois de leur structure, de leur sous-jacent et des conditions prévues lors de la souscription.
La diversification du portefeuille
La diversification permet de répartir le risque entre plusieurs sources de performance plutôt que de dépendre excessivement d’un seul investissement.
Elle peut s’effectuer entre :
- plusieurs classes d’actifs ;
- différents secteurs économiques ;
- plusieurs zones géographiques ;
- différents émetteurs ;
- différentes échéances ou stratégies de gestion.
Détenir davantage de lignes ne signifie cependant pas automatiquement être mieux diversifié.
Un investisseur qui possède dix fonds fortement exposés aux mêmes grandes entreprises ou aux mêmes marchés peut rester très concentré malgré le nombre de placements détenus.
La qualité de la diversification dépend donc surtout de la complémentarité des risques et des moteurs de performance.
Elle doit également être appréciée à l’échelle du patrimoine global. Une personne dont une grande partie du patrimoine est déjà investie dans l’immobilier n’a pas nécessairement les mêmes besoins de diversification financière qu’un investisseur disposant principalement de liquidités.
L’horizon de placement
L’horizon de placement influence directement la quantité de risque qu’un investisseur peut raisonnablement accepter.
Un capital nécessaire dans un an pour financer un projet ne doit pas être exposé à une baisse importante juste avant son utilisation.
À l’inverse, un capital qui peut rester investi pendant quinze ou vingt ans dispose généralement de davantage de temps pour traverser différentes phases de marché.
Prenons deux investisseurs disposant chacun de 300 000 €.
Le premier prévoit d’utiliser cette somme dans deux ans pour acheter sa résidence principale. Le second souhaite investir le même capital pour préparer sa retraite à vingt ans.
Même s’ils déclarent la même tolérance aux fluctuations, leur capacité financière à supporter une baisse temporaire n’est pas identique.
L’horizon constitue donc une contrainte objective, indépendante du tempérament de l’investisseur.
Quelle différence entre aversion au risque et tolérance au risque ?
L’aversion au risque et la tolérance au risque sont proches, mais ne désignent pas exactement la même chose.
L’aversion au risque décrit la préférence générale d’un individu pour la sécurité lorsqu’il est confronté à l’incertitude.
La tolérance au risque correspond davantage au niveau de fluctuation ou de perte potentielle qu’il se sent psychologiquement capable d’accepter.
Il faut également distinguer une troisième notion : la capacité à prendre du risque, qui dépend de la situation financière objective.
Un investisseur disposant d’un patrimoine important peut avoir une forte capacité financière à prendre du risque tout en supportant très mal les fluctuations.
À l’inverse, une personne peut se considérer comme très à l’aise avec le risque mais disposer d’une faible capacité à en prendre parce qu’elle doit utiliser son capital rapidement.
Dans la construction d’un portefeuille, le facteur le plus contraignant doit être pris au sérieux. Être prêt psychologiquement à supporter une forte baisse ne suffit pas lorsque cette baisse pourrait compromettre un projet essentiel.
Comment l’aversion au risque s’intègre-t-elle dans une stratégie d’investissement ?
L’aversion au risque devient réellement utile lorsqu’elle est traduite en décisions d’allocation.
Le point de départ consiste à identifier précisément les objectifs : préserver un capital, préparer la retraite, financer un projet, générer des revenus complémentaires, transmettre ou rechercher une croissance patrimoniale à long terme.
Le niveau de risque peut ensuite être déterminé en croisant plusieurs dimensions.
Le rendement recherché. Un objectif de performance ambitieux nécessite généralement d’accepter davantage d’incertitude ou certaines contraintes comme l’illiquidité.
La réaction aux pertes. Le portefeuille doit rester suffisamment supportable pour éviter des décisions impulsives lorsque les marchés baissent.
La capacité financière. L’épargne de précaution ou les sommes nécessaires à court terme ne doivent pas supporter le même niveau de risque qu’un capital réellement disponible sur plusieurs années.
L’horizon de placement. Plus un actif est volatil ou difficile à revendre, plus la durée pendant laquelle l’investisseur peut immobiliser son capital devient déterminante.
La diversification. Le risque doit être évalué à l’échelle du patrimoine complet et non séparément pour chaque produit.
Une stratégie patrimoniale cohérente peut ainsi répartir le patrimoine entre plusieurs poches ayant des objectifs différents : liquidités disponibles pour les besoins proches, actifs plus défensifs pour certains projets et investissements plus dynamiques pour les objectifs de long terme.
Cette organisation évite d’appliquer un niveau de risque identique à l’ensemble du patrimoine.
Prenons un investisseur disposant de 1 million d’euros. Il peut avoir une forte aversion au risque concernant les 200 000 € destinés à financer un projet à court terme, tout en acceptant davantage de volatilité sur une autre partie de son capital qu’il n’envisage pas d’utiliser avant quinze ans.
Le bon niveau de risque se situe ainsi à l’intersection de trois éléments :
- le risque que l’investisseur accepte psychologiquement ;
- le risque qu’il peut réellement supporter financièrement ;
- le risque nécessaire pour poursuivre ses objectifs de rendement.
La construction d’une allocation parmi différents placements financiers doit donc partir du profil de l’investisseur et de ses objectifs, plutôt que du produit offrant simplement le rendement potentiel le plus élevé.
Un portefeuille pertinent n’est ni le plus prudent ni le plus agressif. C’est celui dont le niveau de risque reste cohérent avec le patrimoine, l’horizon, les projets et le comportement réel de l’investisseur.
FAQ sur l’aversion au risque
Comment savoir si l’on a une forte aversion au risque ?
Une forte aversion au risque se traduit généralement par une préférence marquée pour la sécurité et une difficulté à accepter les fluctuations du capital. Imaginer sa réaction face à une baisse significative du portefeuille aide à mieux évaluer son comportement réel.
L’aversion au risque peut-elle évoluer dans le temps ?
Oui. Elle peut évoluer avec l’âge, la situation patrimoniale, les revenus, l’expérience des marchés ou la proximité d’un projet. Le profil de risque mérite donc d’être réévalué lorsque la situation de l’investisseur change.
Un investisseur prudent peut-il investir dans des actifs risqués ?
Oui, si leur poids reste cohérent avec son profil et sa capacité à supporter une perte. Une exposition limitée à un actif risqué n’a pas le même impact sur le portefeuille qu’une forte concentration sur ce même investissement.
Quel est le lien entre aversion au risque et diversification ?
La diversification répartit le capital entre plusieurs sources de risque et de performance. Elle permet ainsi d’éviter qu’un seul investissement pèse excessivement sur le portefeuille, sans pour autant supprimer le risque de perte.