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Donation-partage avec usufruit : fonctionnement, fiscalité et avantages
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8 min

Donation-partage avec usufruit : fonctionnement, fiscalité et avantages

Résumé de l’article
  • La donation-partage transmet et répartit les actifs dans un même acte.
  • La réserve d’usufruit permet au donateur de conserver l’usage, les loyers ou certains dividendes.
  • Le « gel » des valeurs n’est pas automatique : il suppose notamment un véritable partage accepté par les héritiers concernés.
  • Des lots égaux en euros peuvent être très différents en liquidité, en risque et en pouvoir.
  • La transmission de titres doit être coordonnée avec les statuts, les soultes et, le cas échéant, le Pacte Dutreil.

La donation-partage avec usufruit permet de répartir de votre vivant la nue-propriété de plusieurs actifs entre vos héritiers tout en conservant leur usage ou leurs revenus. Son intérêt dépasse la réduction de l’assiette taxable : lorsqu’elle réalise un véritable partage et respecte les conditions légales, elle peut retenir la valeur des lots au jour de l’acte pour le calcul civil de la réserve. Pour un patrimoine complexe, elle devient un outil de gouvernance, à condition d’éviter l’indivision et d’organiser les pouvoirs futurs.

Qu’est-ce qu’une donation-partage avec réserve d’usufruit ?

La donation-partage permet à une personne de transmettre et de répartir tout ou partie de ses biens présents entre ses héritiers présomptifs.

Avec une réserve d’usufruit, le donateur transmet la nue-propriété et conserve généralement :

  • l’occupation d’un bien ;
  • les loyers d’un immeuble ;
  • les revenus d’un portefeuille ;
  • certains droits économiques attachés à des titres.

Les bénéficiaires deviennent immédiatement nus-propriétaires. L’opération est irrévocable, sauf cas limités.

La différence avec une donation simple tient à la fonction de partage. La donation simple transfère un actif ; la donation-partage compose des lots et organise leur attribution.

La donation-partage fige-t-elle la valeur des biens ?

Sous les conditions de l’article 1078 du Code civil, les biens peuvent être évalués au jour de la donation-partage pour l’imputation et le calcul de la réserve héréditaire.

Cette règle ne bloque pas la valeur de marché. Une entreprise ou un immeuble peut continuer à s’apprécier ou se déprécier.

Elle ne fixe pas non plus :

  • le prix d’une future vente ;
  • le prix de revient fiscal pour la plus-value ;
  • la valeur économique des droits plusieurs années après l’acte ;
  • la fiscalité d’une nouvelle transmission.

Le bénéfice de cette évaluation suppose notamment que les héritiers réservataires vivants ou représentés au décès aient reçu un lot et l’aient accepté.

Pourquoi un véritable partage est-il indispensable ?

Une donation-partage ne doit pas se limiter à donner les mêmes quotes-parts indivises de tous les biens à tous les enfants.

La jurisprudence exige des attributions privatives. Un acte maintenant les bénéficiaires en indivision peut être traité comme une donation simple et perdre les effets civils recherchés.

Donner à trois enfants un tiers indivis de la nue-propriété d’une propriété de 15 millions d’euros ne réalise pas nécessairement un partage.

Des solutions peuvent être envisagées :

  • attribuer le bien à un enfant avec une soulte ;
  • composer les autres lots avec des actifs financiers ;
  • diviser juridiquement l’actif ;
  • apporter certains biens à des sociétés distinctes ;
  • réincorporer des donations antérieures.

Comment répartir des actifs différents entre les héritiers ?

La donation-partage n’impose pas de donner à chacun la même nature d’actif.

BénéficiaireLot possibleEnjeu principal
Enfant repreneurTitres de l’entreprise ou de la holdingContrôle et continuité opérationnelle
Enfant investisseurImmobilier locatifRevenus futurs et gestion
Enfant recherchant la liquiditéPortefeuille financierDisponibilité et diversification
Petits-enfantsActifs financiers ou parts dédiéesTransmission transgénérationnelle

L’égalité doit être appréciée en valeur, mais aussi en risque, liquidité et contraintes.

Recevoir 6 millions d’euros de titres non cotés soumis à des engagements de conservation n’est pas économiquement équivalent à recevoir 6 millions d’euros de liquidités.

Exemple sur un patrimoine de 18 millions d’euros

Un dirigeant souhaite transmettre en nue-propriété :

  • 10 millions d’euros de titres d’une holding familiale ;
  • 5 millions d’euros d’immobilier ;
  • 3 millions d’euros d’actifs financiers.

L’un des trois enfants dirige l’entreprise.

BénéficiaireActif attribuéValeur bruteSoulteValeur nette
Enfant repreneurTitres de holding10 M€Verse 4 M€6 M€
Deuxième enfantImmobilier5 M€Reçoit 1 M€6 M€
Troisième enfantActifs financiers3 M€Reçoit 3 M€6 M€

Le schéma préserve un bloc de contrôle, mais il n’est viable que si l’enfant repreneur peut financer la soulte sans fragiliser l’entreprise.

La dette de soulte, les dividendes disponibles, les garanties et les engagements de conservation doivent être modélisés ensemble.

Comment est calculée la fiscalité ?

Les droits sont calculés sur la valeur de la nue-propriété attribuée à chaque bénéficiaire, après application des abattements.

Le calcul de l’usufruit et de la nue-propriété dépend de l’âge de l’usufruitier. Le présent article ne reprend pas l’ensemble du barème afin de préserver une intention de recherche distincte.

La donation-partage ne crée pas un abattement supplémentaire. Elle utilise les mêmes abattements et tarifs que les autres donations.

Son avantage principal est civil et organisationnel : attribution des lots, réduction des risques de rapport et gouvernance anticipée.

Peut-on réaliser une donation-partage inégalitaire ?

Oui. Les lots peuvent être de valeurs différentes.

L’acte doit préciser l’imputation des avantages : avancement de part successorale ou hors part successorale.

La réserve héréditaire reste protégée. Un enfant absent ou insuffisamment alloté peut exercer une action en réduction après le décès si sa réserve n’est pas couverte par les autres biens.

Une inégalité assumée peut être justifiée par le rôle d’un enfant dans l’entreprise. Elle doit être chiffrée et expliquée afin d’éviter qu’un choix de gouvernance soit perçu comme un déséquilibre caché.

Comment intégrer des donations antérieures ?

Une donation simple antérieure peut être réincorporée dans une donation-partage.

Cette technique permet de reprendre l’historique et de recomposer les lots lorsque les actifs ont évolué différemment.

Elle est utile lorsqu’un enfant a reçu des titres de société ayant fortement progressé tandis que les autres ont reçu des actifs moins performants.

La réincorporation nécessite l’accord des parties concernées. Elle peut entraîner un droit de partage ou d’autres coûts selon la structure retenue.

Donation-partage transgénérationnelle

La donation-partage peut associer enfants et petits-enfants.

Un enfant peut consentir à ce que ses propres descendants soient allotis à sa place, en tout ou partie. Le partage s’organise par souche.

Cette solution peut être pertinente lorsque les enfants du donateur disposent déjà d’un patrimoine important et souhaitent orienter la transmission vers la génération suivante.

Exemple sur 20 millions d’euros

Une entrepreneure souhaite transmettre la nue-propriété de 8 millions d’euros de titres et d’actifs financiers à quatre petits-enfants.

Ses deux enfants acceptent que leurs descendants reçoivent les lots à leur place.

La répartition ne doit pas seulement diviser 8 millions par quatre. Elle doit respecter l’équilibre entre les deux souches et intégrer les droits déjà reçus par chaque branche.

La structuration de la gouvernance familiale devient essentielle lorsqu’une même holding réunit plusieurs générations.

Donation-partage de titres et Pacte Dutreil

La donation-partage peut transmettre des titres d’une société opérationnelle ou d’une holding animatrice.

Le Pacte Dutreil peut exonérer 75 % de la valeur éligible sous réserve de conditions strictes. Depuis le 21 février 2026, l’engagement individuel de conservation est de six ans après l’engagement collectif. Certains actifs non exclusivement affectés à l’activité opérationnelle sont exclus de l’assiette exonérée.

Une holding patrimoniale passive n’est pas éligible au seul motif qu’elle détient des participations. L’animation doit être réelle, principale et documentée.

Réserve d’usufruit et droits de vote

En présence d’une donation avec réserve d’usufruit bénéficiant du Dutreil, les statuts doivent limiter les droits de vote de l’usufruitier aux décisions concernant l’affectation des bénéfices.

Cette règle peut entrer en tension avec le souhait du dirigeant de conserver le contrôle.

Il faut distinguer :

  • droits aux dividendes ;
  • droits de vote ;
  • fonctions de direction ;
  • pouvoirs statutaires ;
  • droits prévus par un pacte d’associés.

La holding patrimoniale et le régime Dutreil doivent être structurés avant l’acte, pas ajoutés après coup.

Comment organiser la gouvernance des titres transmis ?

Les statuts et le pacte d’associés doivent traiter :

  • la nomination et la révocation des dirigeants ;
  • les majorités renforcées ;
  • la politique de distribution ;
  • l’agrément des cessions ;
  • les situations d’incapacité ou de décès ;
  • la liquidité des héritiers non dirigeants ;
  • la méthode de valorisation des titres.

Une donation-partage bien conçue peut éviter la dispersion du capital. Elle ne règle pas automatiquement les relations entre associés.

Un conseil de famille peut compléter les organes sociaux afin de séparer les questions patrimoniales, familiales et opérationnelles.

Quelles clauses prévoir ?

Réversion d’usufruit

Elle protège le conjoint survivant en prolongeant l’usufruit après le décès du donateur.

Droit de retour

Il peut faire revenir le bien au donateur si le bénéficiaire décède avant lui, selon les conditions prévues.

Exclusion de communauté

Elle maintient les biens donnés dans le patrimoine propre de l’enfant.

Remploi et quasi-usufruit

L’acte doit organiser le sort du prix si un actif démembré est vendu : répartition, remploi ou quasi-usufruit.

Charges et soultes

Les modalités de paiement, les intérêts, les garanties et les conséquences d’un retard doivent être précisés.

Les erreurs à éviter

Donner les mêmes quotes-parts indivises

Cette solution peut compromettre la qualification de donation-partage et créer une gouvernance bloquée.

Présenter le gel des valeurs comme automatique

Les conditions de l’article 1078 doivent être respectées.

Égaliser les montants sans comparer les risques

Un actif illiquide ou endetté ne vaut pas économiquement la même chose qu’une poche de liquidités de même montant.

Imposer une soulte insoutenable au repreneur

Le financement de l’équité familiale ne doit pas mettre l’entreprise en danger.

Transmettre les titres sans adapter les statuts

Le démembrement, le Dutreil et les droits de vote doivent être cohérents.

Conclusion

La donation-partage avec usufruit permet de transmettre, répartir et gouverner un patrimoine complexe tout en conservant des revenus ou un usage.

Pour un patrimoine supérieur à 5 millions d’euros, sa valeur ajoutée tient moins à un avantage fiscal isolé qu’à la composition de lots cohérents et à la prévention des conflits entre héritiers.

Un accompagnement en transmission et une transformation patrimoniale permet de comparer les lots, les soultes, les pouvoirs et les engagements fiscaux avant la rédaction de l’acte notarié.

Foire aux questions

Peut-on faire une donation-partage avec un seul bien ?

Oui, mais il faut réaliser de véritables lots. Une attribution indivise identique à tous les enfants peut être insuffisante.

Tous les enfants doivent-ils participer ?

L’absence d’un enfant n’annule pas automatiquement l’acte, mais peut créer un risque d’action en réduction et empêcher le bénéfice de l’évaluation au jour de l’acte.

Peut-elle être inégalitaire ?

Oui, dans le respect de la réserve héréditaire et avec une imputation clairement définie.

Peut-on intégrer les petits-enfants ?

Oui, avec le consentement de leur parent dans une donation-partage transgénérationnelle.

Le Pacte Dutreil est-il compatible ?

Oui, pour des titres éligibles et sous réserve des conditions, notamment celles relatives aux droits de vote de l’usufruitier.

Peut-on vendre les actifs ensuite ?

Oui, avec l’accord des titulaires des droits. Le sort du prix doit être prévu.

Information générale : la donation-partage nécessite un acte notarié et une coordination avec les conseils juridiques, fiscaux et financiers de la famille.

Sources :

Légifrance : https://www.legifrance.gouv.fr

BOFiP-Impôts : https://bofip.impots.gouv.fr

Service-Public : https://www.service-public.fr

Notaires de France : https://www.notaires.fr

Bpifrance Création : https://bpifrance-creation.fr

Publié le

13.08.2026

Pierre Tricoire

Je suis fondateur et Président de VMP. Depuis près de 30 ans, j’ai construit une approche singulière de la gestion patrimoniale, guidée par l’indépendance, la rigueur et la conviction que chaque client mérite un accompagnement unique.

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